LE SOI INACHEVÉ · Édition française · N° 01
Instinct
Direction
Il y a une maison que chacun de nous habite sans jamais l’avoir choisie.
Elle n’a pas d’adresse. Elle ne figure sur aucune carte. Pourtant nous la connaissons mieux que n’importe quel lieu où nous ayons vraiment vécu. À l’intérieur, il y a dix portes.
Certaines, nous les ouvrons chaque jour sans nous en rendre compte.
D’autres, nous les gardons fermées à clé, en faisant comme si elles ne nous concernaient pas.
Et puis il y a des pièces que nous n’avons pas bâties nous-mêmes, et que pourtant nous portons en nous malgré tout.
Ceci n’est pas une théorie.
Ce n’est pas un manuel de psychologie qui prend la poussière sur une étagère.
C’est le récit d’un homme qui a traversé ces dix pièces une à une, souvent sans savoir où il se trouvait, et qui aujourd’hui, avec quelques années de plus sur les épaules, tente de les décrire exactement comme il les a vécues.
Dix portes.
Je les ai toutes ouvertes.
Certaines par curiosité.
Certaines à contrecœur.
Certaines seulement quand il était déjà trop tard pour revenir en arrière.
Si ces pièces vous semblent familières, ce n’est pas parce qu’elles racontent mon histoire.
C’est parce que, quelque part au fond, elles racontent aussi la vôtre.
Direction
Chaque fois que le moment arrivait, je me retrouvais à un carrefour.
L’esprit était silencieux.
Aucune logique.
Aucun calcul.
Aucune stratégie.
Seulement le corps.
Une légère inclinaison vers la gauche.
Comme une feuille qui suit le vent sans savoir où elle se posera.
J’ai appris que l’instinct vient d’une région ancienne.
Plus ancienne que les mots.
Plus ancienne que les peurs que nous avons appris à porter.
Il était déjà là.
Avant l’école.
Avant l’éducation.
Avant le caractère.
L’instinct est le premier habitant de notre maison.
Celui qui continue de payer le loyer même quand nous oublions qu’il existe.
Il ne parle pas.
Il indique.
Il n’explique pas.
Il accompagne.
Beaucoup des décisions qui ont changé ma vie sont nées ainsi.
Sans preuves.
Sans garanties.
Sans témoins.
Une sensation.
Rien de plus.
Et pourtant, avec le recul, je vois que cela suffisait. Parce que l’instinct ne connaît pas l’avenir.
Il connaît notre vérité — la vérité que la raison met parfois des années à atteindre, alors que le corps la savait déjà.
Et quand nous l’écoutons vraiment, nous cessons de demander où mène la route.
Nous nous mettons à marcher.
Le problème n’est pas quand l’instinct se trompe.
Le problème, c’est quand nous faisons comme si nous ne l’avions jamais entendu.
Parce qu’alors nous commençons à chercher quelqu’un d’autre pour porter nos responsabilités.
Un parent.
Un professeur.
Un patron.
Un gouvernement.
Un destin.
Si nous refusons d’écouter ce que nous savons déjà, nous trouverons toujours quelqu’un d’autre à blâmer. C’est cela, l’humanité.
Presque toujours prête à se trahir elle-même plutôt qu’à prendre une décision.
Ferdinando