LE SOI INACHEVÉ · Édition française · N° 08
L’Éducation
Construction
Il existe une maison que chacun de nous habite sans l’avoir jamais choisie.
Elle n’a pas d’adresse. Elle ne figure sur aucune carte. Pourtant nous la connaissons mieux que n’importe quel lieu où nous avons vraiment vécu. À l’intérieur, il y a dix portes.
Certaines, nous les ouvrons chaque jour sans nous en rendre compte.
D’autres, nous les gardons fermées à clé, en feignant qu’elles ne nous concernent pas.
Et puis il y a des pièces que nous n’avons pas construites nous-mêmes, et que pourtant nous portons en nous malgré tout.
Ceci n’est pas une théorie.
Ce n’est pas un manuel de psychologie qui prend la poussière sur une étagère.
C’est le récit d’un homme qui a traversé ces dix pièces une à une, souvent sans savoir où il se trouvait, et qui aujourd’hui, avec quelques années de plus sur les épaules, tente de les décrire exactement comme il les a vécues.
Dix portes.
Je les ai toutes ouvertes.
Certaines par curiosité.
Certaines à contrecœur.
Certaines seulement quand il était déjà trop tard pour faire demi-tour.
Si ces pièces vous semblent familières, ce n’est pas parce qu’elles racontent mon histoire.
C’est parce que, quelque part au fond, elles racontent aussi la vôtre.
Construction
À la maison, ma mère a commencé.
Puis mon père a pris son tour.
Puis sont venues ma grand-mère et ma tante.
Même si je n’étais pas leur fils.
Tout le monde éduquait.
Tout le monde corrigeait.
Tout le monde laissait quelque chose derrière soi.
À l’école on m’a appris quoi penser.
La vie m’a appris comment penser.
La différence est énorme.
L’éducation peut être une porte.
Mais elle peut aussi devenir une cage.
Cela dépend de qui tient la clé.
J’ai rencontré des professeurs qui remplissaient les esprits.
Et des mentors qui ouvraient les yeux.
Ces derniers ont changé ma vie.
Parce qu’éduquer ne signifie pas créer de l’obéissance.
Cela signifie créer de la liberté.
La véritable éducation n’ajoute pas seulement des informations.
Elle rend une personne à elle-même.
Mais les leçons les plus profondes arrivent plus tard.
Elles arrivent quand les erreurs présentent leur facture.
Quand la réalité corrige ce que l’orgueil défendait. Quand tu découvres que ceux que tu ignorais avaient raison.
C’est là que commence l’éducation profonde.
C’est là que tu cesses de commettre des crimes cognitifs.
Non parce que quelqu’un te regarde.
Mais parce que tu as enfin compris.
Et comprendre, à l’âge adulte, est le seul échec qui mérite d’être accepté.
Ferdinando