Stupidité

LA SAGA DE L’OUTSIDER · Édition française  ·  N° 04

Stupidité

Immobilité


Il y a une maison que chacun de nous habite sans jamais l’avoir choisie.

Elle n’a pas d’adresse. Elle ne figure sur aucune carte. Pourtant nous la connaissons mieux que n’importe quel lieu où nous ayons vraiment vécu. À l’intérieur, il y a dix portes.

Certaines, nous les ouvrons chaque jour sans nous en rendre compte.

D’autres, nous les gardons fermées à clé, en faisant comme si elles ne nous concernaient pas.

Et puis il y a des pièces que nous n’avons pas bâties nous-mêmes, et que pourtant nous portons en nous malgré tout.

Ceci n’est pas une théorie.

Ce n’est pas un manuel de psychologie qui prend la poussière sur une étagère.

C’est le récit d’un homme qui a traversé ces dix pièces une à une, souvent sans savoir où il se trouvait, et qui aujourd’hui, avec quelques années de plus sur les épaules, tente de les décrire exactement comme il les a vécues.

Dix portes.

Je les ai toutes ouvertes.

Certaines par curiosité.

Certaines à contrecœur.

Certaines seulement quand il était déjà trop tard pour revenir en arrière.

Si ces pièces vous semblent familières, ce n’est pas parce qu’elles racontent mon histoire.

C’est parce que, quelque part au fond, elles racontent aussi la vôtre.

Immobilité

Pendant des années, j’ai cru que la stupidité était la même chose que l’ignorance.

Puis j’ai changé d’avis.

J’ai vu des gens peu instruits qui comprenaient le monde.

Et des gens aux diplômes impressionnants qui n’arrivaient pas à se comprendre eux-mêmes.

La stupidité n’est pas un manque de savoir.

C’est le refus du savoir.

Elle commence à l’instant où nous cessons de poser des questions.

C’est le confort de croire que ce que nous savons suffit.

La stupidité adore les certitudes absolues.

Elle déteste la nuance.

Se méfie du doute.

A toujours une réponse toute prête.

Et pour cette raison, elle n’écoute jamais.

Quand la stupidité arrive, la croissance s’arrête.

Et quand la croissance s’arrête, la vie continue d’avancer.

Mais sans nous.

Parfois, cela devient presque une maladie sociale.

Je me souviens d’une mère qui avait emmené ses huit enfants chez un médecin.

Elle était bouleversée.

Elle soutenait qu’un seul d’entre eux était intelligent et voulait que les sept autres soient améliorés. Le médecin ne s’est pas laissé démonter.

Sept consultations.

Sept ordonnances.

Sept factures.

La mère est repartie satisfaite.

Elle avait reçu un diagnostic.

Selon elle, ses enfants allaient bientôt devenir différents.

Ils sont restés exactement les mêmes.

Seulement plus pauvres.

Aucun traitement n’avait échoué.

Ce n’était simplement pas la maladie.

La maladie était la sienne.

Et aucune ordonnance ne pouvait la guérir.


Ferdinando

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