Une usine Gillette entièrement italienne

A Fully Italian Gillette Factory — The Gillette Company Saga, chapter 03

GILLETTE SAGA  ·  THE COMPANY

UNE USINE GILLETTE ENTIÈREMENT ITALIENNE

THE COMPANY · 04


Tout le monde savait que les sites de production de GILLETTE étaient répartis à travers l’Europe — Allemagne, Royaume-Uni, Espagne — et plus tard, bien des années après seulement, on a appris qu’il existait aussi des usines dans quelque pays d’Europe de l’Est, pour desservir les marchés russes. Mais personne n’a jamais su qu’il y avait à Naples une usine qui produisait des RASOIRS GILLETTE BLUE II X 10, avec code EAN, code produit et même numéro de lot.

Elle menait aussi des promotions saisonnières, avec des formats promotionnels 10+2 gratuits et 10+4 gratuits — une véritable succursale, sauf que les bureaux officiels se trouvaient à Milan, d’abord au 5 de la Via Baldissera, puis au 18 de la Via G.B. Pirelli, et que personne n’avait la moindre idée de l’existence de cette usine napolitaine.

Ce sont les données NIELSEN qui ont fait éclater toute l’affaire : en croisant le chiffre d’affaires avec les unités vendues, il manquait de l’argent qui aurait dû être encaissé — or les finances de GILLETTE EUROPE étaient gérées à l’échelle internationale depuis Genève, et l’Italie n’avait pas de caisse propre.

Il manquait toujours du chiffre d’affaires, et quand les montants sont devenus assez importants pour compter, notre directeur général a franchi les portes du parquet de Milan pour déposer une plainte contre X.

Distinguer le produit non officiel du produit officiel n’était pas facile, mais un détail sautait immédiatement aux yeux : à l’ouverture du paquet, les rasoirs portaient la marque GILLETTE — mais ils appartenaient à la concurrence.

Les signatures de fabrication les trahissaient — dans les caractéristiques de la lame, dans son positionnement, dans le contrôle qualité.

L’enquête a remonté la piste jusqu’à un sous-sol de Naples, d’où un triporteur Piaggio partait régulièrement, une fois par heure, chargé d’une seule palette de 84 paquets de 20 — le format standard GILLETTE — avec bon de livraison de l’entreprise, pour faire la tournée de la plupart des grossistes napolitains, qui mêlaient le tout au produit officiel.

La curiosité était si forte que le secteur a été surveillé par caméras pendant sept jours, et là, les gens de la contrefaçon se sont révélés de vrais professionnels : sur les livraisons et la production, rien à redire — on se serait cru à Berlin-Est. Ha ha ha.

Quand la Guardia di Finanza a décidé d’investir les lieux et d’arrêter tout le monde, elle a trouvé des familles entières au travail — au conditionnement, au stock, au tri, au graphisme, à la facturation. On aurait dit une succursale de Boston sur Main Street.

Environ 38 personnes ont été arrêtées, mais pour éviter la panique sur le marché, l’enquête n’a jamais été rendue publique : elle aurait semé le trouble et causé du tort aux clients et aux consommateurs, et le procureur a décidé de placer toute l’affaire sous le sceau du secret.

Mais deux choses ont vraiment marqué les esprits : d’abord, l’organisation et le contrôle qualité, alliés à la logistique et à la livraison ; ensuite, le fait qu’après les interrogatoires, les femmes du groupe ont demandé si elles pouvaient être embauchées chez Gillette Italia.

Le directeur général, un homme originaire des Pouilles, n’a pas souri une seule fois : il était troublé — non seulement par l’acte criminel et le préjudice causé à l’entreprise, mais aussi par le fait que lui, président de la Chambre de commerce italo-américaine de Milan, venait de reconnaître du vrai talent et de la vraie qualité — un talent qu’il ne pourrait jamais inscrire sur ses fiches de paie.


Ferdinando

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