LE POIL, ENTRE L’ORÉAL ET GILLETTE
L’ORÉAL · 21
Le poil est un détail que les gens font semblant de comprendre.
Ils l’appellent hygiène, esthétique, identité, culture, rituel.
En réalité, ce n’est qu’une frontière — entre ce que l’on montre et ce que l’on cache.
Certains le confient aux barbiers, d’autres aux esthéticiennes, d’autres encore à des machines modernes qui promettent autonomie et perfection. Mais le poil reste là, têtu, rappel biologique : vous êtes un animal avant d’être un être social.
Et pourtant, ce n’est pas un ennemi. C’est un ami incommode, un compagnon de voyage qui vous rappelle d’où vous venez. Il a une distribution presque capillaire, une couleur attribuée par votre carte génétique, et une histoire que vous ne pouvez pas effacer. Même ceux qui souffrent d’alopécie n’en sont pas dépourvus — ils l’ont seulement perdu pour un temps que nul ne peut définir.
Mais pour comprendre le poil, il faut remonter à l’origine — là où l’on revient toujours : l’humain primitif.
Je l’imagine ainsi, dans une scène de film noir préhistorique. Deux silhouettes, derrière un mur d’herbes, discutent. Une troisième personne arrive et ne sait dire qui est l’homme et qui est la femme. Le visage ne suffit pas. Le visage trompe.
Alors la femme décide de changer le destin de son identité.
Elle va à la rivière, se regarde dans l’eau, et voit une barbe.
Cette barbe ne lui plaît pas. Elle ne la représente pas. Elle ne la distingue pas.
Elle trouve une pierre tranchante et se met à ôter les poils, un à un.
Elle découvre que la repousse est lente — et cela lui donne un avantage : elle n’a pas besoin de répéter le rituel chaque jour. Et elle découvre quelque chose de plus puissant encore : l’homme la regarde différemment.
La différence devient attirance.
La différence devient langage.
De là naît toute la culture du poil : d’abord symbolique, puis sociale, puis hygiénique, puis scientifique, puis idéologique.
Jusqu’aux extrémismes modernes : ceux qui disent que le poil vous protège des bactéries et qu’il faut le garder ; ceux qui disent qu’il faut l’ôter pour être accepté ; ceux qui disent qu’il faut le sculpter pour être désiré.
La vérité est plus simple : le poil naît, pousse, se courbe… et à l’endroit où il se courbe, il meurt.
Mais la racine reste vivante, têtue, comme certaines idées qu’on n’arrive pas à arracher, même à force de volonté.
Et puis il y a la règle finale, celle que seuls les conteurs connaissent :
ne jamais laisser une radicule devenir radicale.
La différence est minime — juste une voyelle.
Mais elle change tout.
Ferdinando
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