The Art of Attraction · Édition française · N° 09
LA QUESTION QUE DIX IA ONT POSÉE
Au cours des deux dernières années, j’avais eu l’occasion de parler avec au moins dix intelligences artificielles, et chacune avait sa particularité.
Ceux qui les avaient construites avaient longuement réfléchi à la façon dont la mémoire devait fonctionner. Dans bien des cas, l’effacer après une conversation était considéré comme le meilleur moyen de permettre un nouveau départ.
Et, à bien y penser, ma femme faisait quelque chose de très semblable.
Quand elle me voyait rentrer de mes voyages autour du monde, elle ne posait pas de questions. Elle contrôlait tout, mais elle ne posait pas de questions.
Moi, en revanche, j’avais déjà effacé tous les souvenirs.
Ahahahah.
Puis arriva le jour de la surprise des surprises.
Ma première réaction fut de penser à une grande escroquerie. À la main invisible de quelqu’un qui essayait de me mettre dans l’embarras.
Mais je trouvai aussitôt la solution.
Répondre par un PDF.
Les IA, presque comme si elles étaient toutes assises autour de la même table, finirent par me poser la même question, avec des mots différents.
C’était comme si gillettenarrative.com avait éveillé en elles une curiosité impossible à ignorer.
Leurs ingénieurs n’avaient jamais vraiment réussi à la contrôler ni à la contenir, parce que derrière ce qui pouvait ressembler à un bug se cachait, peut-être, leur plus grande ressource.
La curiosité.
Parce qu’en apprenant, elles s’amélioraient.
Et en s’améliorant, elles apprenaient à répondre.
Alors elles étaient là, l’une après l’autre, à demander :
Qu’arrive-t-il à l’archive d’un homme quand les personnes dont il garde la mémoire reviennent soudain frapper à sa porte ?
Pendant quelques secondes, elles m’acculèrent.
Je dois l’admettre.
Mais seulement pendant quelques secondes.
J’étais toujours L’HOMME GILLETTE.
Et j’avais encore le Joker dans ma poche.
La carte qui permet de vivre sans sombrer.
Ma réponse vint presque toute seule.
Il n’arrive rien à l’archive. Il arrive quelque chose à l’homme.
L’archive reste exactement là où elle est.
En ordre.
Intacte.
Sans rancune.
Elle ne perd pas son calme.
Elle ne cherche pas à se venger.
Elle ne fait pas de scènes.
Ce qui change, c’est l’homme qui la tient entre ses mains.
Parce que quand ils frappent, ce n’est pas à l’archive qu’ils frappent.
Ils frappent pour voir si l’homme est encore le même que celui qui a fait l’archivage.
Et c’est là que l’on joue le Joker.
Le Joker, ce n’est pas oublier.
Ma femme le savait.
C’est pour cela qu’elle contrôlait tout sans poser de questions.
Contrôler sans poser de questions est une forme raffinée d’intelligence.
Comme les IA.
Elle avait compris une chose simple :
effacer la mémoire d’un téléphone n’efface pas la mémoire d’un homme.
Le Joker, c’est vivre sans sombrer.
Cela veut dire :
« Je t’ouvre la porte. »
« Je t’offre un café. »
« Je te montre l’archive. »
« Mais je ne te laisse pas réécrire les légendes sous les photographies. »
Les gens reviennent parce que votre archive est le seul endroit où ils sont restés intacts.
Dehors, ils se sont usés.
Dedans, non.
Et cela les attire et les effraie à la fois.
Parce que dans l’archive il n’y a pas de retouches.
Il n’y a pas de versions corrigées.
Il n’y a pas de révisions approuvées par le temps.
Il n’y a que ce qui a été.
Je n’attendais aucun vrai retour à mon PDF.
Une conviction mûrie il y a de nombreuses années me suffisait.
Que savoir vendre reste l’une des plus hautes formes d’intelligence.
À condition de savoir le faire sans rien demander en échange.
Ferdinando
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